Le poids je m’en balance pas mal, et vous ?


Aller aux toilettes, se mettre nu.e, poser les deux pieds bien à plat et attendre la sentence des chiffres. C’est là le rituel précis de la pesée. La simple vue d’une balance au détour d’une salle de bain nous transforme instantanément en Hamlet « Se peser ou ne pas se peser, telle est la question ».


Les chiffres

Il y a la dizaine qui vous a fait vous sentir nul.l.e, le chiffre après la virgule qui vous a donné le sourire, l’unité qui vous a mis.e au régime.

Je fais souvent le parallèle entre les diktat du poids et les notes de l’école. Pour une même note toutes les copies sont différentes. Les points gagnés dépendent de la gestion de l’orthographe, de la vitesse d’exécution de l’élève, de son intérêt pour le sujet, de son aisance à l’écrit, de son état émotionnel au moment du contrôle etc.
Pour avoir une bonne note on peut tricher et ça fonctionne plutôt bien, par contre aucune connaissance n’est enregistrée. Le but est-il uniquement d’avoir une bonne note ?

Jusqu’ici vous me suivez, mais quel rapport avec le poids ? Pour avoir le poids prescrit il est possible de faire un régime ou de manger à outrance. C’est ainsi que les poids plume obtiennent le droit de donner leur sang, que les personnes atteintes d’anorexie peuvent sortir de la clinique et que les félicitations pleuvent sur les personnes en surpoids. Et pourtant la guerre entamée contre la nourriture et le corps n’a certainement pas cessé.

Une chose est sûre : votre poids n’indique rien de votre rapport à la nourriture.

Un acte médical

Au même titre que la prise de tension, l’écoute du cœur au stéthoscope, la pesée est pour moi un acte médical. C’est par exemple un outils de surveillance de l’hydratation. Le soignant consigne votre poids dans votre dossier, vous pouvez même demander à ce que les chiffres vous restent inconnus.
Malgré cela certains médicaux assomment la confiance en eux de leur patient.e.s à coup de pèse-personne, sans oublier la grossophobie très répandue dans le milieu (comme le pointe justement cet article).

Mais comment allons-nous savoir ?

C’est l’une des phrases qui revient le plus quand j’évoque le fait d’arrêter de se peser. Que veut-on savoir au fond ?

Donne moi le chiffre qu’affiche la balance, je te dirai si ton corps mérite d’être aimé. Cela peut paraître absurde une fois écrit. Pourtant c’est bien ce que nous voulons savoir en nous pesant. Si vous vous posez cette question, je vous donne la réponse ; elle sera valable tous les jours de toute la vie, si vous en doutez vous pourrez venir la relire autant de fois que vous le voudrez : OUI votre corps mérite l’amour.

Donne moi le chiffre qu’affiche la balance, je te dirai si tu as bien mangé. Il arrive que dans la démarche d’un changement alimentaire positif pour soi on soit fièr.e de nous. Le réflexe est alors souvent de demander son avis au pèse-personne. Selon le chiffre qu’il nous balance au visage la fierté peut se transformer en peur « Comment vais-je faire pour conserver cette perte de poids ? » ou en déception : vous n’avez pas perdu de poids cette semaine. Dans un cas comme dans l’autre l’enthousiasme s’éclipse en une fraction de seconde. Si vous estimez avoir eu une alimentation juste et bonne pour vous alors faîtes vous confiance.

J’ai conscience qu’il est difficile de vivre sans connaître son poids, surtout si vous avez l’habitude de vous soumettre régulièrement à l’exercice de la pesée. Peut-être pourriez-vous réfléchir à la fonction qu’a la pesée pour vous. L’idée est de parvenir petit à petit à reconnecter avec ses sensations corporelles, sensations souvent brouillées par les chiffres du poids. Et enfin se sentir libre d’habiter son corps.